Vieille boîte de dérivation à dominos : la laisser ou passer aux Wago ?

Vieille boîte de dérivation à dominos : la laisser ou passer aux Wago ?

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En bref

Le domino n’est pas interdit, et la norme n’impose pas de refaire une boîte de dérivation ancienne tant que l’installation n’est pas entièrement rénovée. Cette absence d’obligation ne dit rien de l’état réel de la boîte : une connexion à vis peut se desserrer et chauffer sans faire disjoncter, et « jamais eu de souci » ne prouve rien. Ouvrez la boîte courant coupé, contrôlez six points, et faites refaire ou refaites les connexions à la première anomalie. La borne à levier 221-413 réunit trois conducteurs en cuivre jusqu’à 4 mm², pour 32 A : elle convient à du 1,5 ou du 2,5 mm², pas à du 6 mm², ni à quatre fils à relier ensemble.

Le cas revient souvent dans les maisons des années 1970. Dans la cuisine, une boîte de dérivation d’origine distribue le courant au four, à la hotte et à une prise. À l’intérieur, des dominos au plastique jauni. Tout fonctionne depuis cinquante ans. Faut-il y toucher ? La réponse dépend de ce que l’on trouve en ouvrant la boîte.

Faut-il remplacer des dominos qui n’ont jamais posé de problème ?

La norme ne l’impose pas. Le domino, borne de connexion à vis, reste autorisé : voyez notre article sur la légende du domino interdit. Et la NF C 15-100 ne s’applique pas rétroactivement à votre boîte de 1975. Legrand l’écrit dans son guide : la norme « concerne les installations neuves ou entièrement rénovées ». Promotelec dit la même chose : pour une installation existante, la remise à la norme n’est exigée qu’en cas de rénovation totale.

Pas d’obligation ne veut pas dire sans danger. Le même texte de Promotelec précise qu’une installation qui vieillit doit « rester, à minima, en sécurité », et recommande de la faire vérifier par un professionnel au moins une fois tous les dix ans. C’est l’objet de la mise en sécurité, recommandée pour toute installation ancienne : six exigences minimales, dont l’absence de matériel vétuste.

Une connexion à vis vieillit, et la vis peut prendre du jeu : Legrand en fait un argument pour les bornes automatiques de ses disjoncteurs, « pas de risque de vis qui se desserre », et range les « connexions desserrées » parmi les situations qui peuvent conduire à un arc électrique. Un contact desserré chauffe, et cet échauffement ne fait pas déclencher un disjoncteur ordinaire, puisque le courant qui passe reste normal. Une connexion peut donc brunir lentement derrière son couvercle sans jamais avoir « posé de souci ». La seule façon de le savoir est d’ouvrir.

Avant d’ouvrir la boîte : couper et vérifier

Coupez le disjoncteur général, pas seulement le disjoncteur ou le fusible du circuit : dans une installation ancienne, rien ne garantit que le repérage du tableau est juste. Retirez le couvercle, puis vérifiez l’absence de tension sur chaque borne avec un vérificateur d’absence de tension (VAT) : entre phase et neutre, puis entre chaque fil et la terre. La marche à suivre est dans notre article sur la vérification d’absence de tension. Aucun des contrôles qui suivent ne se fait sous tension.

Que contrôler dans une vieille boîte de dérivation ?

Schéma d'une boîte de dérivation ouverte avec ses trois bornes (phase, neutre, terre) et les six points à contrôler : accessibilité et couvercle, traces de chauffe, état de l'isolant, serrage des connexions, présence de la terre, section des fils et calibre du disjoncteur
Les six points à regarder, courant coupé, avant de décider de garder ou de refaire les connexions.

1. La boîte et son couvercle. Une boîte de dérivation doit rester facile d’accès : ni plâtre par-dessus, ni doublage, ni meuble fixé devant. Le couvercle doit être en place et tenir.

2. Les traces de chauffe. Plastique bruni, domino déformé ou collé au fil, isolant qui a coulé, odeur de brûlé : c’est le signe le plus grave.

3. L’isolant des fils. Pliez doucement chaque fil à quelques centimètres de la borne, sans insister. Un isolant sain reste souple. Un isolant ancien peut être devenu dur, se fendre ou s’effriter : dans ce cas, arrêtez de le manipuler.

4. Le serrage. Tirez légèrement sur chaque fil, un par un : aucun ne doit bouger. Regardez aussi le montage. Un fil souple (à brins multiples) serré sous une vis sans embout de câblage, plusieurs fils forcés dans le même trou : ce sont des connexions à refaire.

5. La terre. Le four est un appareil relié à la terre. La boîte doit contenir un conducteur de protection qui arrive du tableau et repart vers chaque appareil. Dans une maison de cette époque, il peut manquer, s’arrêter dans la boîte ou ne pas être vert-jaune : ne vous fiez pas aux couleurs.

6. Les sections et la protection. Relevez la section de chaque fil et le calibre du disjoncteur ou du fusible qui protège la boîte. Avec un disjoncteur, un fil de 1,5 mm² se protège par 16 A au maximum, un fil de 2,5 mm² par 20 A au maximum. Notre tableau des calibres de disjoncteur donne les autres cas. Ces deux plafonds sont ceux d’un disjoncteur : si le circuit est encore protégé par un fusible, ou si vous hésitez sur une section, faites vérifier l’accord entre fil et protection par un électricien.

Constat, risque, quoi faire

Ce que vous constatezLe risqueQuoi faire
Domino bruni, déformé, odeur de brûléLa connexion a chauffé : départ de feu possibleCircuit laissé coupé, électricien : il faut trouver la cause avant de refaire
Isolant dur, fendu, qui s’effriteCuivre à nu, contact entre deux filsNe manipulez plus les fils. Câblage à remplacer : électricien
Fil qui bouge ou sort en tirantMauvais contact, échauffementRefaire la connexion sur du cuivre propre
Fil souple sous vis, sans emboutBrins écrasés ou coupésRefaire avec un embout serti, ou une borne à levier
Pas de couvercle, boîte plâtrée ou cachéeBornes à portée de main, ou incontrôlablesReposer un couvercle, dégager l’accès
Terre absente ou non raccordéeLa carcasse du four n’est pas protégéeChanger les bornes ne règle rien : électricien
Fil de 1,5 mm² derrière un 20 A ou plusLe fil peut chauffer sans que la protection coupeFaire adapter la protection au tableau par un électricien
Tout est net, serré, souple, à la terre, et la protection correspond aux filsAucun défaut visible dans cette boîteVous pouvez refermer. Cela ne dit rien du reste de l’installation

La borne Wago 221-413 convient-elle ?

Oui, si ses limites collent à votre boîte. La fiche du fabricant indique pour cette référence : 3 points de serrage pour un seul potentiel (on y réunit trois phases ou trois neutres, jamais une phase et un neutre), des conducteurs en cuivre de 0,2 à 4 mm² en rigide et de 0,14 à 4 mm² en souple, 32 A sous 450 V, un dénudage de 11 mm, 85 °C de température ambiante au plus. WAGO précise qu’aucun embout n’est requis sur un fil souple. Deux vérifications en découlent, en plus de l’intensité : 32 A couvrent un circuit protégé par 16 ou 20 A.

  • Le nombre de fils. Trois entrées, c’est une arrivée et deux départs. Si la boîte alimente le four, la hotte et une prise, il y a quatre fils à relier par polarité. Il faut alors le modèle à cinq entrées de la même série (221-415).
  • La section. Jusqu’à 4 mm², la 221-413 suffit. Pour du 6 mm², la série compte des modèles plus gros : la fiche de la 221-613 indique 0,5 à 6 mm², 41 A et un dénudage de 12 à 14 mm. Nous les avons essayés dans l’article sur la borne Wago 6 mm².

Le tableau de toute la série, de la 221-412 à la 221-615, est dans notre fiche Wago 221.

Ce que le fabricant écrit aussi. Les consignes de sécurité de la même fiche commencent par : « A utiliser uniquement par un électricien spécialisé ! Ne pas travailler sous tension/charge ! ». WAGO destine donc cette borne à un professionnel. Si vous faites le travail vous-même, vous sortez du cadre prévu par le fabricant : ne l’envisagez que sur une boîte saine, courant coupé, en respectant section, nombre de fils et longueur de dénudage, et laissez la boîte à un électricien au moindre doute.

Four, hotte et prise sur la même boîte : est-ce un problème ?

Au regard de la norme actuelle, oui : ce montage ne se ferait plus. La NF C 15-100 classe le four parmi les circuits spécialisés. Le guide Legrand de la révision 2024 le résume ainsi : fils de 2,5 mm², disjoncteur de 20 A au maximum, un seul appareil par circuit. La plaque de cuisson a le sien, en 6 mm² sous 32 A. Un four qui partage sa dérivation avec une hotte et une prise n’est donc pas un circuit spécialisé.

Votre boîte date d’avant ces règles, et la norme n’oblige pas à la reprendre tant que l’installation n’est pas entièrement rénovée. Cela ne valide pas le montage pour autant : avant de conclure quoi que ce soit, il faut contrôler la section des fils et le calibre de la protection.

  1. Repérez au tableau le disjoncteur ou le fusible qui coupe cette boîte et lisez son calibre.
  2. Comparez-le au plus petit fil de la boîte. Si la hotte repart en 1,5 mm² d’une boîte protégée par 20 A, ce fil n’est pas protégé.
  3. Lisez la puissance du four sur sa plaque signalétique et divisez-la par 230 : vous obtenez son intensité. Un four de 3 000 W appelle environ 13 A. Ajoutez ce que vous branchez d’habitude sur la prise : une bouilloire de 2 000 W, c’est près de 9 A de plus, et le total dépasse déjà 20 A.

Protection trop forte pour le plus petit fil, total qui atteint ou dépasse le calibre, disjoncteur qui saute quand le four et la prise servent ensemble, section que vous n’arrivez pas à lire : dans tous ces cas, faites venir un électricien. La solution durable reste celle de la norme, une ligne dédiée au four tirée depuis le tableau, à prévoir d’office si vous refaites la cuisine. Les valeurs sont dans notre article quel disjoncteur pour un four électrique.

Comment refaire les connexions proprement ?

  1. Disjoncteur général coupé, absence de tension vérifiée sur chaque borne.
  2. Photographiez la boîte et étiquetez chaque fil avant de dévisser.
  3. Traitez une polarité à la fois : les terres, puis les neutres, puis les phases.
  4. Sortez le fil du domino et coupez la partie qui était sous la vis : le cuivre y est marqué. Dénudez à neuf, à la longueur donnée par la fiche du fabricant : 11 mm pour la 221-413, 12 à 14 mm pour la 221-613.
  5. Levier ouvert, poussez le fil jusqu’en butée, refermez. Le cuivre doit se voir au fond de la borne, et aucune partie nue ne doit dépasser.
  6. Tirez sur chaque fil, rangez sans forcer, remettez le couvercle et notez dessus ce que la boîte alimente.

Si les fils recoupés sont trop courts pour rentrer sans tension, arrêtez-vous : un fil tendu finit par sortir de sa borne. Le câblage est alors à reprendre, avec une boîte adaptée : voyez notre guide de la boîte de dérivation.

Quand faire venir un électricien ?

Dès que la boîte montre une trace de chauffe, un isolant qui casse, une terre absente ou une protection trop forte pour les fils : changer les bornes masquerait le défaut sans le corriger. Appelez-le aussi si vous n’avez pas de vérificateur d’absence de tension, si vous n’arrivez pas à identifier les fils ou si le circuit est encore protégé par des fusibles. Et si la boîte de la cuisine est dans cet état, les autres ont le même âge : c’est le moment de faire vérifier l’ensemble de l’installation.

Questions fréquentes

Combien de fils peut-on mettre dans une Wago 221-413 ?

Trois, un par levier, tous au même potentiel. Pour relier quatre ou cinq fils, il existe un modèle à cinq entrées dans la même série, la 221-415. Mieux vaut ce modèle que deux bornes à trois entrées reliées par un pont.

Quelle est l’intensité maximale d’une borne Wago 221 ?

32 A pour la 221-413, prévue pour des fils jusqu’à 4 mm², et 41 A pour la 221-613, prévue pour le 6 mm², d’après les fiches WAGO. Ce sont des plafonds pour la borne. Le courant du circuit reste fixé par le disjoncteur, lui-même choisi selon la section des fils.

Un domino qui se desserre, que faire ?

Coupez le disjoncteur général, vérifiez l’absence de tension, puis regardez le fil et le plastique. Sans trace de chauffe ni isolant abîmé, refaites la connexion sur du cuivre fraîchement dénudé. Si le domino a bruni ou fondu, laissez le circuit coupé jusqu’au passage d’un électricien.

Doit-on mettre aux normes une boîte de dérivation ancienne ?

La norme ne l’exige pas tant que l’installation n’est pas entièrement rénovée. Cela ne veut pas dire que la boîte est sûre : une installation ancienne doit au minimum rester en sécurité. Un défaut dangereux se corrige sans attendre, et ce que vous refaites doit l’être correctement : boîte accessible, couvercle, bornes adaptées à la section des fils et au courant du circuit.

Sources

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📖 Le glossaire de cet article

Les termes techniques abordés dans cet article, expliqués simplement.

  • Arc électrique — L'arc électrique est une décharge lumineuse et thermique qui se produit dans un gaz ionisé entre deux électrodes lorsque la différence de potentiel es…
  • Disjoncteur — Un disjoncteur est un appareil de protection qui interrompt automatiquement le circuit en cas de surcharge (détection thermique par bilame) ou de cour…
  • Fusible — Un fusible est un dispositif de protection qui coupe un circuit électrique lorsque le courant devient trop fort.
  • Neutre — Le neutre est le conducteur électrique relié au point neutre du transformateur de distribution HTA/BT, mis à la terre en France dans le régime TT.
  • Phase — La phase est le conducteur actif d'un réseau électrique alternatif, portant la tension de 230 V par rapport au neutre en monophasé, ou de 400 V entre phases en triphasé.
  • Polarité — La polarité désigne la convention qui identifie le signe (positif ou négatif) d'une tension ou le sens d'un courant continu.
  • Sous tension — Un conducteur, un équipement ou une installation est dit « sous tension » dès qu'une tension électrique est présente entre ses bornes accessibles et u…
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Vérifié par Raphaël Bossoreil, électricien
Raphaël Bossoreil
Électricien
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