Conductivité électrique : l’or est-il meilleur que le cuivre ?

Conductivité électrique : l’or est-il meilleur que le cuivre ?

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Il y a dans l’imaginaire collectif une équation presque poétique : ce qui est précieux est forcément supérieur. L’or brille, traverse les siècles sans ternir, fascine les civilisations. Le cuivre, lui, se cache dans les murs, dans les gaines, derrière les tableaux électriques. Il est commun, industriel, presque banal.

Mais nous, sur le blog de l’électricité, une question nous taraude : l’or est-il réellement meilleur conducteur que le cuivre ?

La réponse technique, froide, mesurée en micro-ohms, est non.

Mais comme souvent en électricité, la vérité n’est jamais uniquement binaire.

 

Cuivre électricité

 

La physique ne ment pas

La conductivité électrique d’un matériau dépend de sa capacité à laisser circuler les électrons. À 20°C, les chiffres sont connus, stables, reproductibles.

  1. L’argent arrive en tête.
  2. Le cuivre le suit de très près.
  3. L’or, malgré son prestige, se situe en troisième position.

La résistivité du cuivre est d’environ 1,68 × 10⁻⁸ Ω·m.
Celle de l’or est d’environ 2,44 × 10⁻⁸ Ω·m.

(Ces valeurs sont mesurées à 20°C pour des métaux de haute pureté, condition indispensable pour une comparaison rigoureuse.) 

La différence peut sembler faible, mais elle est mesurable. À section identique, le cuivre transporte davantage de courant.

En d’autres termes : l’or n’est pas le meilleur conducteur.  Il est simplement juste considéré comme plus « noble ».

 

Pourquoi le cuivre règne sur les installations électriques

Dans les tableaux, les colonnes montantes, les alimentations de bornes IRVE ou les réseaux tertiaires, le cuivre est omniprésent. Ce n’est pas un hasard, ni une tradition : c’est un choix d’ingénierie rationnel.

Le cuivre offre un équilibre rare entre :

  • performance électrique élevée
  • excellente ductilité
  • résistance mécanique satisfaisante
  • coût compatible avec une industrialisation massive

Il supporte les contraintes thermiques, accepte le cintrage, le sertissage, le serrage. Il vit bien dans les environnements domestiques et industriels.

Un câble d’alimentation en or serait techniquement possible. Mais… il serait économiquement absurde.

 

Arc électrique, cable électricité en cuivre

 

Alors pourquoi utiliser l’or dans l’électronique ?

Si l’or n’est pas le meilleur conducteur, pourquoi le retrouve-t-on dans les connecteurs, les microprocesseurs, les cartes électroniques ?

Parce que la conductivité n’est pas toujours le critère principal.

L’or possède une propriété déterminante : il ne s’oxyde pas.

Le cuivre, exposé à l’air, développe une couche d’oxyde. Cette couche reste conductrice dans les fortes puissances, mais devient problématique dans les signaux faibles.

Dans les applications de précision – électronique embarquée, spatial, instrumentation sensible – la stabilité du contact est plus importante que la conductivité maximale.

 

De son côté, l’or garantit :

  • une absence de corrosion
  • une résistance de contact stable
  • une fiabilité sur le très long terme

Il ne conduit pas mieux , mais il conduit de manière constante.

 

Température, échauffement et réalité chantier

La conductivité n’est pas une donnée figée. Elle évolue avec la température.

Lorsque le cuivre chauffe, sa résistivité augmente. Les pertes par effet Joule deviennent plus importantes. C’est la raison pour laquelle le dimensionnement des conducteurs ne peut jamais se limiter à une simple lecture de tableau.

Dans un tableau électrique chargé, dans une colonne montante collective, dans une armoire industrielle, quelques degrés supplémentaires modifient le comportement du métal.

La conductivité est donc un équilibre entre théorie et conditions réelles.

 

Le cuivre, métal stratégique du XXIe siècle ?

Il fut un temps où le cuivre était simplement un matériau industriel. Aujourd’hui, il est devenu un indicateur économique mondial. Certains économistes l’appellent « Dr Copper », car son prix anticipe souvent les cycles de croissance.

Pourquoi ?

Parce que le cuivre est partout :

  • réseaux électriques
  • photovoltaïque
  • éolien
  • véhicules électriques
  • data centers
  • infrastructures ferroviaires
  • bornes de recharge

Un véhicule thermique contient environ 20 kg de cuivre.
Un véhicule électrique peut en contenir trois fois plus.

La transition énergétique mondiale repose littéralement sur le cuivre.

Cuivre minerais

 

Métaux, géopolitique et tension sur les chantiers

Bertrand M., fondateur de Maison Or et Bijoux, et qui possède une boutique de rachat d’or et d’argent à Cannes apporte un éclairage complémentaire sur les dynamiques actuelles des métaux.

« L’or ne monte jamais par hasard. Il monte quand la confiance baisse. »

Selon lui, la hausse récente de l’or traduit un climat géopolitique tendu : conflits prolongés, inflation persistante, tensions énergétiques et stratégies de réindustrialisation. Les banques centrales renforcent leurs réserves d’or, ce qui soutient les prix.

Même si l’or n’est pas utilisé dans les câbles du bâtiment, son évolution agit comme un baromètre macro-économique. Lorsque l’or progresse fortement :

  • Les marchés anticipent une instabilité durable
  • Les coûts énergétiques et miniers augmentent
  • Les métaux industriels (dont le cuivre) subissent une pression indirecte

Dans un contexte où la transition énergétique multiplie les besoins en cuivre (IRVE, photovoltaïque, data centers, réseaux), la maîtrise des ressources devient un enjeu stratégique de souveraineté.

Pour les professionnels de l’installation électrique, cela signifie une chose très concrète : volatilité accrue des prix matière et devis plus sensibles aux cycles mondiaux.

 

Or, argent, cuivre : trois métaux, trois natures

Il est tentant de comparer ces métaux uniquement à travers un tableau de conductivité. Pourtant, leur véritable différence ne se joue pas seulement dans les micro-ohms, mais dans leur nature même.

L’or est avant tout un métal précieux. Son usage industriel existe, notamment en électronique de précision, mais il reste marginal au regard de son rôle financier et patrimonial. L’or rassure, protège, stabilise. Il est davantage stocké qu’installé. Sa présence dans l’électricité relève de l’exigence absolue de fiabilité, pas de la performance brute.

Le cuivre, lui, est l’exact opposé. Il n’est pas considéré comme un métal précieux au sens financier du terme — du moins pas encore. Il ne dort pas dans les coffres. Il circule dans les murs. Il est fondu, tréfilé, déroulé sur des kilomètres. Son existence est industrielle. Sans cuivre, pas de réseau, pas de transition énergétique, pas d’électrification massive.

L’argent occupe une position intermédiaire, presque ambiguë. Il est précieux par tradition, mais industriel par nécessité. C’est le meilleur conducteur électrique connu. Sa conductivité dépasse celle du cuivre. On le retrouve dans :

  • les contacts de puissance spécifiques
  • certains disjoncteurs et relais
  • les applications haute fréquence
  • les cellules photovoltaïques

Mais l’argent s’oxyde, et son coût limite son emploi massif. Il reste réservé aux zones où la performance électrique justifie l’investissement.

Ainsi, ces trois métaux incarnent trois logiques distinctes :

  • l’or : valeur refuge et stabilité chimique
  • le cuivre : infrastructure et industrialisation
  • l’argent : performance maximale et double identité économique

Dans un monde en tension énergétique et géopolitique, cette distinction devient stratégique. Car le cuivre dépend de la croissance industrielle, l’argent dépend à la fois de l’industrie et des marchés financiers, et l’or dépend de la confiance mondiale.

L’électricité moderne repose sur le cuivre.
L’électronique de précision convoque l’or.
Le photovoltaïque, notamment via les pâtes conductrices des cellules solaires, repose massivement sur l’argent.

Et chacun révèle, à sa manière, l’état du monde.

 

Et l’aluminium dans tout ça ?

À noter que l’aluminium, bien que moins conducteur que le cuivre, reste utilisé dans certaines applications haute tension pour des raisons de poids et de coût.

 

Enjeux de souveraineté et tensions sur les matériaux

La production et le raffinage des métaux sont concentrés dans quelques zones stratégiques du globe. Les tensions diplomatiques, les choix environnementaux, les stratégies industrielles nationales influencent directement les disponibilités.

La hausse du cuivre sur les marchés internationaux se traduit, quelques mois plus tard, par :

  • des câbles plus chers
  • des tableaux plus coûteux
  • des devis moins stables
  • des marges comprimées

L’électricien ne spécule pas sur les métaux… mais malheureusement il en subit les variations. Et le client final également. Une variation de quelques milliers de dollars sur la tonne de cuivre se répercute directement sur le prix au mètre des câbles.

Dans un monde électrifié à grande vitesse, la maîtrise des ressources devient une question de souveraineté industrielle autant que de technique.

 

Conclusion

Non, l’or n’est pas meilleur conducteur que le cuivre. Il est plus stable chimiquement, plus prestigieux, plus rare. Mais sur un chantier, dans une gaine technique ou un coffret de distribution, c’est le cuivre qui assure la continuité, la performance et l’équilibre économique.

La conductivité ne se juge pas à l’éclat du métal, mais à sa capacité à répondre aux contraintes réelles : puissance, coût, disponibilité, mise en œuvre.

Et si l’or fascine, le cuivre, lui, construit le monde électrique moderne.

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