On m’a souvent répété qu’il était difficile d’être bon dans tous les domaines. Avec un peu de recul, depuis que je suis entré dans le monde du travail, en tant que salarié ou indépendant, je pense que c’est vrai et qu’il vaut mieux se cantonner au domaine dans lequel on est bon, au risque de passer pour un clown.

C’est encore plus le cas lorsqu’on est à son compte, car si on s’engage dans un travail qu’on ne peut pas réaliser dans les règles de l’art, la sanction finira par tomber.

Et je vais de ce pas lier cette petite introduction à ma profession d’électricien, car j’ai rencontré plusieurs fois des artisans d’autres corps de métier qui, croyant être électriciens, se sont lancés dans quelques travaux d’électricité pas toujours bien réalisés.

Voici trois petits récits:

Le plaquiste et l interrupteur:

Je commence naturellement avec LE corps de métier avec lequel j’ai le plus de relation: le plaquiste.

Dans le cas présent, j’ai réalisé un encastrement d’un interrupteur dans une cloison en brique foraine (passage par l’arrière de la cloison dans une goulotte en apparent).

Par la suite, il s’est avéré que le mur en question côté interrupteur était quelque peu en mauvais état.

Une plaque de placo a été collée sur le mur en question, là ou mon interrupteur était déjà installé, et voici le résultat:

Cloison placo collée, interrupteur branchement
Un interrupteur “installé” par un plaquiste

Le plaquiste a réalisé une belle oeuvre d’art, c’est ironique bien sûr.

Il a tout simplement découpé autour de l’interrupteur.

Dans le cas présent, l’installation de la plaque de finition est tout bonnement impossible (mécanisme de type Celiane Legrand).

Ce qu’il aurait fallu faire pour poser correctement cet interrupteur:

Pour ce cas, il fallait uniquement prendre le soin de débrancher l’interrupteur, d’effectuer une découpe au niveau de l’interrupteur et de coller la plaque de placo.

Même un simple trou permettant de passer les fils électriques aurait suffit.

J’aurais dû ensuite découper avec une scie à guichet pour ouvrir juste ce qu’il fallait de placo.

Merci le plaquiste qui s’est improvisé électricien!

Le plombier et le tableau électrique:

C’est au tour d’un plombier de se faire taper sur les doigts.

Pour la petite histoire, je suis intervenu sur un chantier de rénovation ou un plombier devait installer un système de plafond chauffant (ou vous avez bien lu, c’est un système de chauffage installé au plafond).

Ce système fonctionne avec un échangeur et le plombier m’a indiqué vouloir placer lui même le tableau correspondant dans un tableau annexe.

J’ai bien compris qu’il voulait vendre ce tableau dans sa prestation et cela ne me posait pas de problème en soit.

Oui mais au final, voici le branchement (à gauche mon tableau, à droite le tableau avec les protections pour le système de chauffage au plafond):

tableau divisionnaire pour plafond chauffant
Installation d’un tableau divisionnaire par un plombier

Difficile de voir au premier coup d’oeil le problème, il faut donc faire un petit zoom sur le tableau divisionnaire et sur l’alimentation de ce tableau, avec en premier lieu les fils d’alimentation du tableau électrique.

Il sont indiqués sur la photo ci dessous avec deux flèches rouges. Il s’agit de fils électriques de section 6mm2:

alimentation électrique 6mm2 tableau divisionnaire
La section des fils utilisés pour l’alimentation électrique du tableau divisionnaire n’est pas correcte

Voici maintenant le tableau divisionnaire en question.

Il est équipé d’un interrupteur différentiel 40A 30mA suivi de 4 disjoncteurs divisionnaires 16A.

section de fil électrique et calibre interrupteur différentiel
Le calibre de l’interrupteur différentiel n’est pas cohérent avec la section des fils électriques d’alimentation

Le problème?

C’est le mauvais dimensionnement du fil électrique. La section choisie, 6mm2, n’est pas cohérente avec le calibre de l’interrupteur différentiel.

Ce qu’il aurait fallu faire pour ce tableau électrique:

Le plombier aurait du installer du fil électrique de 10mm2 ou alors un interrupteur différentiel de 25A (sans prendre en compte la charge après).

Même si dans le cas présent, la charge n’est peut être pas équivalente à 40A, rien ne dit qu’un autre circuit ne sera pas installé sur ce tableau divisionnaire après.

Dans tous les cas, l’installation d’une alimentation avec du fil électrique de section 6mm2 n’est pas dans les normes.

Le poseur de climatisation et le raccordement électrique:

Si les deux problèmes de réalisation précédents sont un peu anecdotiques, il en a un que je rencontre trop souvent et qui est attribué au poseur de climatisation.

Une climatisation nécessite en effet une alimentation électrique spécifique au niveau du tableau.

Il faut donc installer un nouveau disjoncteur dans le tableau électrique existant si il s’agit d’une rénovation ou d’une installation après que l’électricité soit déjà passée.

Voici ce à quoi je suis confronté très régulièrement:

disjoncteur climatisation tableau électrique
Installation d’une disjoncteur dans un tableau électrique pour une climatisation: ce qu’il ne faut pas faire

L’installateur de la climatisation est venu poser un disjoncteur dans le tableau électrique de façon très hasardeuse:

  • Il n’y a aucune protection différentielle sur le tableau électrique et donc pas sur l’alimentation électrique de la climatisation.
  • Le câblage est réalisé à la va vite dans un tableau électrique vétuste.
  • L’installation est faite dans un tableau électrique, ce qui implique que l’installateur engage sa responsabilité sur le tableau entier puisque c’est lui qui l’a touché en dernier.

Ce qu’il aurait fallu faire pour raccorder cette climatisation:

En intervenant sur un tableau électrique aussi vétuste, le poseur à pris des risques.

Il aurait été plus prudent d’installer un tableau divisionnaire annexe (un tableau avec de quelques modules seulement comme je l’explique dans cet article).

La protection de la climatisation devrait se faire avec un interrupteur différentiel couplé à un disjoncteur, ou directement avec un disjoncteur différentiel.

Note: Au passage, je devrais remercier quand même les poseurs de climatisation qui réalisent ce genre de prestations: grâce à eux, je réalise de nombreuses mises en conformité chez les professionnels. En réalité, c’est dommageable pour les clients qui doivent par la suite payer une deuxième prestation.

Conclusion:

J’ai plusieurs fois eu la demande de clients pour faire quelques bricoles dans d’autres corps de métier: poser un coffrage, déplacer une évacuation d’eau qui gênait ou encore installer une climatisation.

Je n’ai jamais donné suite à ces demandes pour plusieurs raisons: je ne savais pas le faire et / ou je ne possédais pas les assurances correspondantes.

Et avant toute chose parce que ce n’est pas mon métier.

Au lieu de cela, je fournis plutôt les coordonnées de personnes spécialisées dans le domaine.

Au final:

  • Si vous êtes un professionnel: cantonnez vous à ce que vous savez faire le mieux, c’est à dire votre métier et pas celui des autres. Pensez au fait que votre assurance ne couvre pas tous les travaux dans lesquels vous vous engagez.
  • Si vous êtes un particulier et que vous faites intervenir un artisan, ne lui confiez pas un travail qui n’est pas de son ressort. Après tout, vous ne demandez pas à votre boucher de vous faire du pain?

4 Commentaires

  1. Bonjour, bien que je sois d’accord avec tout cela, je pense aussi que de nombreuses fois (bien trop!) il s’agit de negligence, jememfoutisme et de je veux tout faire le plus vite possible. Et encore pire, bien souvent meme pour leur propre domaine de competences…
    C’est d’ailleurs pour cela que je refais mon appartement moi-meme.

    bien a vous

    PS: super blog au passage

  2. Ton post ma bien fait rire !
    Cela me remémore le rendez vous de la semaine dernière pour un devis, avec une cliente et un autre artisan.
    Celui ci est “tout corps d’état” … j’attends de voir, s’il est retenu,
    Au programme: démolition, plaquiste, plâtrerie, peinture, menuiserie, plomberie, chauffage, carrelage, aménagement dressing, rénovateur de meuble … (j’ai oublié le reste). Aussi électricité mais vu que j’étais là… lol

  3. Concernant le tableau du plombier il manque les caches évitant de pouvoir mettre les doigts dedans, un tableau doit être IP 2X. C’est une chose sur laquelle les commissions de sécurités sont en tertiaire très attentifs pour ne pas dire tatillonne. C’est pourtant pas grand chose à faire. en ce qui concerne les interventions des autres corps de métiers on a quand même la chance en temps qu’électricien d’être assez protégé. Souvent un maçon va faire du carrelage et du placo et un plaquiste proposera de la peinture etc.. mais la plupart ne touche pas à l’électricité. La peur du danger et aussi le fait que le raccordement des boites et tableau apparait comme très complexe. Le vieil adage “qu’obtient-on quand un électricien devient maçon ? Un mauvais maçon et quand un maçon devient électricien ? Un électricien mort.” est assez bien ancré dans les esprits.

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