Disjoncteur triphasé : tripolaire ou tétrapolaire, calibre et raccordement

Disjoncteur triphasé : tripolaire ou tétrapolaire, calibre et raccordement

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En bref

Un disjoncteur triphasé coupe d’un seul geste les trois phases d’un circuit 400 V. Si le circuit a un neutre, il doit le couper aussi : on prend un tétrapolaire (4P) ou un 3P+N. Le tripolaire (3P) ne convient qu’aux circuits sans neutre, un moteur par exemple. Le calibre se compte par phase : I = P / (1,732 × 400 × cos φ). Un 16 A laisse passer 11 kW au plus, un 32 A 22 kW, sous réserve de la section du câble et de la notice de l’appareil. Toute intervention dans un tableau triphasé revient à un électricien.

Qu’est-ce qu’un disjoncteur triphasé ?

C’est un disjoncteur magnétothermique à plusieurs pôles, un par conducteur. Chaque pôle surveille le courant de sa phase : la partie thermique réagit aux surcharges, la partie magnétique aux courts-circuits. Les pôles sont liés, et un défaut sur une seule phase ouvre tout l’appareil : la coupure d’un disjoncteur est omnipolaire, écrit Schneider dans son guide de l’installation électrique.

Sa largeur dépend de la gamme : la fiche du Legrand DX³ donne 17,8 mm par pôle, soit 53,4 mm en 3P et 71,2 mm en 4P. La tension est de 400 V entre deux phases, de 230 V entre une phase et le neutre.

Tripolaire, 3P+N ou tétrapolaire : quelle différence ?

Deux questions les distinguent : combien de conducteurs l’appareil coupe, et combien il en protège, c’est-à-dire sur combien de pôles il mesure le courant.

Schéma comparant trois disjoncteurs triphasés : le tripolaire 3P coupe et protège les trois phases ; le 3P+N coupe les trois phases et le neutre mais ne protège que les phases ; le tétrapolaire 4P coupe et protège les quatre pôles
Le tripolaire ignore le neutre, le 3P+N le coupe sans le protéger, le 4P le coupe et le protège.
AppareilCoupeProtègeLu sur une fichePour quel circuit
Tripolaire, 3P3 phases3 phasesSchneider Acti9 iC60N 3P : 3 pôles protégés, 54 mmSans neutre : moteur triphasé
3P+N3 phases et neutre3 phasesSchneider Resi9 3P+N 20 A : 3 pôles protégés, neutre à gauche, 54 mmAvec neutre de même section que les phases
Tétrapolaire, 4P3 phases et neutre4 pôlesSchneider Acti9 iC60N 4P : 4 pôles protégés, 72 mmAvec neutre, même plus fin que les phases

Dans le langage courant, « tétrapolaire » désigne tout appareil à quatre bornes en haut et quatre en bas, 3P+N compris. Le mot ne dit rien de la protection du neutre : c’est la ligne « nombre de pôles protégés » de la fiche qui tranche. Legrand vend des DX³ tétrapolaires de 6 à 32 A en 3 modules, prévus pour un peigne particulier, à côté des modèles de 1 à 63 A en 4 modules.

Quand le neutre doit-il être coupé ?

Dès qu’il est présent dans le circuit. Hager le rappelle dans son guide technique, en citant l’article 10.1.4.7.1 de la NF C 15-100 : « Tous les circuits doivent posséder, à leur origine, un dispositif de sectionnement sur tous les conducteurs actifs, y compris le conducteur de neutre. » Le neutre est un conducteur actif : il peut être à un potentiel dangereux alors que les phases sont ouvertes.

Le guide Schneider ajoute deux précisions :

  • le neutre se coupe en même temps que les phases, par un appareil à coupure omnipolaire ;
  • de même section que les phases, il n’a pas besoin d’une protection à lui ; plus fin, il doit être protégé.

D’où le choix, tel que ce guide le présente : circuit avec neutre de même section, 3P+N ou 4P ; neutre plus fin, 4P à quatre pôles protégés ; pas de neutre, 3P.

Deux montages à refuser. Trois disjoncteurs séparés, un par phase, sur un même appareil triphasé : si l’un saute, les deux autres phases restent sous tension. Et tout montage qui peut ouvrir le neutre seul, phases fermées. Legrand prévient qu’un défaut du neutre peut mettre un circuit en surtension, endommager les appareils et ne plus assurer la sécurité. Le mécanisme est expliqué dans notre article sur la rupture de neutre.

Quel calibre pour quelle puissance en 400 V ?

Le calibre est l’intensité que l’appareil laisse passer en permanence sur chaque phase. Pour un récepteur triphasé équilibré :

I = P / (√3 × U × cos φ), avec U = 400 V et √3 = 1,732, soit I = P / (693 × cos φ).
P est la puissance absorbée en watts. Le facteur de puissance cos φ vaut 1 pour des résistances (four, chauffe-eau) et se lit sur la plaque d’un moteur.

CalibrePuissance maxi, cos φ = 1Puissance maxi, cos φ = 0,8Section mini en logement (cuivre)
10 A6,9 kW5,5 kW1,5 mm²
16 A11,1 kW8,9 kW1,5 mm²
20 A13,9 kW11,1 kW2,5 mm²
25 A17,3 kW13,9 kW4 mm²
32 A22,2 kW17,7 kW6 mm²
40 A27,7 kW22,2 kW10 mm²
63 A43,6 kW34,9 kWÀ faire calculer

Ces sections sont les minimums donnés pour un logement par le guide Hager de la NF C 15-100 (jusqu’à 32 A) et par Legrand (40 A). La longueur de la ligne ou le mode de pose peuvent imposer plus gros. Le câble compte en plus un conducteur de terre vert-jaune.

  • Le disjoncteur protège d’abord le câble. Son calibre ne dépasse jamais ce que la section admet, quelle que soit la puissance de l’appareil.
  • Le calcul donne un minimum, la notice décide. Une borne de 11 kW appelle 15,9 A par phase, une borne de 22 kW 31,8 A. Pour ses propres bornes, Hager associe pourtant un disjoncteur de 20 A à un courant assigné de 16 A, et de 40 A à un courant assigné de 32 A.
  • Pour un moteur, on part de la plaque. La puissance marquée est la puissance utile, sur l’arbre : un moteur de 4 kW, de rendement 0,85 et de cos φ 0,8, absorbe 8,5 A par phase. Le courant nominal gravé sur la plaque reste la référence.

Notre convertisseur de kW en ampères fait le calcul. Pour une prise d’atelier, voyez le branchement d’une prise triphasée.

Courbe B, C ou D ?

La courbe fixe le seuil du déclenchement magnétique. Le catalogue Hager donne les plages : B, entre 3 et 5 fois le calibre, recommandée pour les grandes longueurs de câble ; C, entre 5 et 10 fois ; D, entre 10 et 20 fois, pour les courants d’appel importants.

Legrand résume l’usage : la C est la plus courante dans le résidentiel, la D sert aux moteurs et à la climatisation. Un moteur qui fait sauter son disjoncteur au démarrage ne demande pas un calibre plus fort, qui laisserait le câble sans protection, mais une autre courbe, à faire valider par un électricien. Le détail est dans notre comparatif courbe C ou courbe D.

Quel pouvoir de coupure ?

C’est le plus fort courant de court-circuit que l’appareil sait interrompre. La règle, écrite par Hager comme par Schneider : il doit être au moins égal au courant de court-circuit présumé à l’endroit où le disjoncteur est posé. Les fiches lues donnent, sous 400 V, 3 000 A pour le Schneider Resi9 3P+N et 6 000 A (10 kA selon la norme EN 60947-2) pour le Legrand DX³ et l’Acti9 iC60N. Aucune de ces valeurs ne convient d’office : le courant présumé dépend du transformateur et du branchement. Faites-le déterminer par l’électricien avant de choisir la gamme, surtout près d’un poste de transformation (atelier, ferme).

Où se place-t-il dans un tableau triphasé ?

Schéma de principe d'un tableau triphasé : disjoncteur de branchement tétrapolaire, répartiteur à quatre barres (neutre et trois phases), interrupteur différentiel tétrapolaire 30 mA alimentant un disjoncteur 4P pour une prise triphasée avec neutre et un disjoncteur 3P pour un moteur sans neutre, interrupteur différentiel bipolaire sur une phase et le neutre pour les circuits monophasés
De l’arrivée aux circuits : appareils à quatre pôles pour le triphasé, bipolaires pour les circuits 230 V répartis sur les trois phases. La terre, non dessinée, accompagne chaque circuit.
  1. Le disjoncteur de branchement, tétrapolaire. Le catalogue Hager le propose en 10 à 30 A ou en 30 à 60 A, différentiel 500 mA. Son réglage suit la puissance souscrite : le guide SéQuélec GP 10, publié par Enedis, donne 10 A pour 6 kVA, 20 A pour 12 kVA, 30 A pour 18 kVA et 60 A pour 36 kVA. Ce réglage appartient au distributeur : on n’y touche pas.
  2. L’interrupteur différentiel tétrapolaire. Il détecte les fuites vers la terre mais pas les surintensités. La fiche du Legrand DX³-ID 4P (25 à 100 A, 4 modules, neutre à gauche) précise qu’il doit être protégé par un disjoncteur « ayant au maximum la même intensité nominale ». Un modèle 40 A ne se place donc pas derrière un branchement réglé à 60 A sans autre protection. Pour le type (AC, A, F ou B), voyez notre guide de l’interrupteur différentiel.
  3. Les disjoncteurs des circuits triphasés : 4P ou 3P+N avec neutre, 3P sans neutre.
  4. Les circuits monophasés, chacun sur une phase et le neutre, répartis pour charger les trois phases à peu près autant : c’est l’équilibrage, traité dans notre analyse d’un schéma de tableau triphasé et dans l’article sur le déséquilibre des phases.

Et le disjoncteur différentiel tétrapolaire ? Il réunit les deux protections pour un seul circuit, au prix de la place : 7 modules pour un Legrand DX³ 4P 63 A 30 mA, 90 mm (5 modules) pour un Schneider Resi9 3P+N 20 A 30 mA. On le réserve à un circuit qui doit avoir son propre différentiel, comme une borne de recharge, dont le type de différentiel est fixé par la norme et la notice.

Le tétrapolaire en monophasé. La fiche du Legrand DX³-ID 4P donne, pour ses modèles 30 mA, une « tension de fonctionnement du test » de 320 à 440 V, et ne décrit aucun montage en monophasé. Pour tout autre appareil, seule sa notice dit s’il accepte une alimentation 230 V, et sur quelles bornes. Sans cette indication, on ne le détourne pas.

Raccordement : ce qui se contrôle, et qui le fait

Poser ou remplacer un appareil dans un tableau triphasé est un travail d’électricien : il y a 400 V entre deux bornes voisines, et les bornes d’arrivée du disjoncteur de branchement restent sous tension même quand il est ouvert. Voici ce qu’il fait, et ce que vous pouvez lui demander.

  1. Coupure au disjoncteur de branchement, puis vérification d’absence de tension avec un vérificateur dédié, sur les trois phases et sur le neutre : entre chaque phase et le neutre, entre les phases deux à deux, puis entre chaque conducteur, neutre compris, et la terre.
  2. Le neutre sur la borne marquée N. Elle est à gauche sur les fiches lues ici (Schneider Resi9, Legrand DX³-ID), mais seul le marquage de l’appareil fait foi. Sur un 3P+N, un neutre posé ailleurs laisse une phase sur le pôle non protégé.
  3. Les phases dans le même ordre en haut et en bas. Sur un moteur, cet ordre fixe le sens de rotation.
  4. Dénudage et serrage selon la fiche : 11 mm et 2,5 Nm conseillés pour le Legrand DX³, 14 mm et 2 Nm pour l’Acti9 iC60N.
  5. Remise sous tension, puis appui sur le bouton de test de chaque différentiel : il doit déclencher.

Avant de refermer, il vérifie : aucun cuivre visible, chaque fil tenu dans sa borne, neutre repéré en bleu, terre en vert-jaune, une étiquette par circuit avec la phase qui l’alimente. Fils sans repère, trace de chauffe ou doute sur l’existant : pas de remise sous tension avant son diagnostic.

Où trouver le matériel d’un tableau triphasé

Pour comparer références et prix. La pose revient à un électricien.

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Questions fréquentes

Un disjoncteur triphasé 32 A, c’est 32 A par phase ou au total ?

Par phase. Chaque pôle laisse passer 32 A, soit environ 22 kW pour un appareil triphasé équilibré sous 400 V. Les phases ne s’additionnent pas : si une seule dépasse 32 A, le disjoncteur finit par déclencher, même quand les deux autres sont peu chargées.

Quel disjoncteur pour 9 kW en triphasé ?

9 000 W divisés par 693 donnent 13 A par phase pour des résistances. Un calibre de 16 A convient si le câble fait au moins 1,5 mm² et si la notice de l’appareil ne demande pas autre chose.

Interrupteur différentiel ou disjoncteur différentiel tétrapolaire ?

L’interrupteur différentiel protège les personnes, pas les câbles : il lui faut des disjoncteurs en plus, et il sert le plus souvent à plusieurs circuits. Le disjoncteur différentiel fait les deux pour un seul circuit, au prix de 5 à 7 modules sur le rail pour les modèles cités ici.

Sources

Documents consultés le 8 octobre 2026. Les valeurs de fiche ne valent que pour les références nommées. Les puissances du tableau sont calculées, pas relevées.

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📖 Le glossaire de cet article

Les termes techniques abordés dans cet article, expliqués simplement.

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  • Disjoncteur tétrapolaire — Le disjoncteur tétrapolaire est un disjoncteur à quatre pôles qui coupe et protège simultanément les trois phases et le neutre d'un circuit triphasé 400 V.
  • Facteur de puissance — Le facteur de puissance (souvent noté cos φ) est le rapport entre la puissance active réellement utilisée (kW) et la puissance apparente fournie (kVA) par une installation électrique.
  • Installation électrique — Une installation électrique regroupe l'ensemble des équipements, câbles, canalisations et appareils de protection permettant la distribution et l'util…
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Vérifié par Raphaël Bossoreil, électricien
Raphaël Bossoreil
Électricien
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