Changer un ancien tableau électrique à fusibles : les étapes
Résumez cet article :
En bref : changer un ancien tableau électrique à fusibles
Le remplacement d’un tableau est un travail d’électricien : il se fait à quelques centimètres de bornes qui restent sous tension, et il engage la sécurité de tout le logement. Vous pouvez en revanche préparer le chantier et suivre son déroulement :
- Diagnostic : présence de la terre, section et état des fils de chaque circuit.
- Repérage de chaque circuit (étiquette sur chaque câble) avant toute dépose.
- Coupure au disjoncteur de branchement et vérification de l’absence de tension.
- Dépose de l’ancien tableau, pose d’un coffret modulaire avec au moins deux interrupteurs différentiels 30 mA, dont un de type A.
- Raccordement de chaque circuit sur un disjoncteur adapté à sa section : 16 A au plus en 1,5 mm², 20 A au plus en 2,5 mm².
- Essais, étiquetage, puis conservation des justificatifs des travaux.
Un tableau à fusibles porcelaine, sans différentiel ni prise de terre, n’offre plus la protection attendue aujourd’hui. Le remplacer par un tableau à disjoncteurs est l’une des mises en sécurité les plus efficaces d’un logement ancien. Voici comment reconnaître un tableau à changer, ce que vous pouvez préparer vous-même, comment se déroule le remplacement, le cas où l’on veut seulement remplacer les fusibles par des disjoncteurs, et ce qu’il faut faire après les travaux.
Reconnaître un tableau à remplacer
Un ancien tableau est à remplacer s’il présente un ou plusieurs de ces signes :
| Signe | Pourquoi c’est un problème |
|---|---|
| Fusibles à tabatière porcelaine, fusibles à fil, plaque de bois ou de marbre | Parties sous tension accessibles, risque qu’un fusible soit « réparé » avec un fil trop gros |
| Aucun interrupteur ou disjoncteur différentiel 30 mA | Pas de coupure automatique rapide quand un courant fuit vers la terre, par exemple à travers une personne |
| Pas de barrette ni de conducteur de terre | Les masses métalliques des appareils ne sont pas reliées à la terre |
| Traces de chauffe, bornes noircies, odeur de brûlé | Connexions desserrées ou surchargées, risque d’incendie : coupez et faites venir un électricien sans attendre |
| Fusibles de calibre trop élevé pour la section des fils | Les fils peuvent chauffer sans que la protection coupe |
| Plus de place pour ajouter un circuit | Tentation de doubler des circuits sur une même protection |
Pour évaluer un tableau plus récent, voir comment savoir si son tableau électrique est aux normes.
Ce que vous pouvez faire vous-même, et ce qui revient à l’électricien
| Tâche | Qui | Pourquoi |
|---|---|---|
| Repérer les circuits, remplir la fiche de repérage, photographier le tableau | Vous | Aucun démontage : on coupe, on retire un fusible, on remet le courant, on note |
| Dégager l’accès, choisir l’emplacement du coffret, comparer les devis | Vous | Sans risque électrique |
| Mesurer la prise de terre, juger l’état et la section des fils | Électricien | Demande un appareil de mesure et l’habitude des installations anciennes |
| Déposer l’ancien tableau, raccorder le nouveau sur le disjoncteur de branchement | Électricien | Travail au contact direct de bornes amont qui restent sous tension |
| Choisir les différentiels (nombre, type, calibre) et le parafoudre éventuel | Électricien | Règles de la NF C 15-100, à adapter à l’existant |
| Remplacer ou déplacer le disjoncteur de branchement ou le compteur | Enedis ou le gestionnaire de réseau | Ouvrages du distributeur |
Préparer le remplacement
Repérer tous les circuits
C’est l’étape la plus utile, et vous pouvez la faire vous-même. Sur un tableau à fusibles, des pièces sous tension sont souvent à portée de doigt : coupez le disjoncteur de branchement avant de retirer ou de remettre un fusible. Retirez un seul fusible, remettez le courant, notez ce qui ne fonctionne plus (prises de quelles pièces, quels points lumineux, quels appareils), coupez de nouveau, remettez le fusible, puis passez au suivant.
Notez sur une fiche, pour chaque circuit : numéro du fusible, calibre actuel, pièces et appareils desservis, présence d’un fil de terre. Prenez des photos du câblage. Le marquage des câbles eux-mêmes (étiquette ou ruban numéroté) se fait au moment de la dépose, installation hors tension.
Faire le bilan des sections
Le calibre du nouveau disjoncteur dépend de la section du fil, pas de l’ancien fusible. La section se lit sur la gaine ou se mesure, installation hors tension. Les valeurs ci-dessous sont celles de la NF C 15-100 pour des conducteurs en cuivre : ce sont des calibres maximaux.
| Circuit | Section minimale (cuivre) | Disjoncteur (calibre max.) |
|---|---|---|
| Éclairage | 1,5 mm² | 16 A |
| Prises 16 A (8 prises au plus) | 1,5 mm² | 16 A |
| Prises 16 A (12 prises au plus) | 2,5 mm² | 20 A |
| Circuits spécialisés (lave-linge, lave-vaisselle, four…), chauffe-eau | 2,5 mm² | 20 A |
| Plaque de cuisson monophasée | 6 mm² | 32 A |
En cas de doute sur une section, on retient le calibre inférieur. Si vous trouvez des fils de 1 mm² ou moins, des fils à isolant en tissu ou en caoutchouc qui s’effrite, ou des conducteurs sans gaine, le circuit doit être refait : un nouveau tableau ne rend pas sûr un câblage dégradé.
Vérifier la terre
Repérez si une prise de terre existe (conducteur vert et jaune, ou ancien conducteur nu arrivant d’un piquet ou d’une boucle en fond de fouille). Sa valeur se mesure avec un appareil spécialisé : c’est le travail de l’électricien. Sans terre, il faut en créer une, et c’est souvent le poste le plus lourd d’une mise en sécurité. Un différentiel 30 mA posé sur une installation sans terre améliore la protection, mais ne remplace pas la terre.
Choisir et dimensionner le nouveau tableau
Comptez les circuits, prévoyez les interrupteurs différentiels et gardez de la place libre pour les évolutions. La NF C 15-100 demande une réserve de 20 % d’emplacements dans chaque tableau ; en immeuble collectif, elle peut être limitée à 6 modules par logement. La méthode est détaillée dans concevoir le tableau de répartition. Si votre logement est en triphasé, la démarche est différente : voir rénover un tableau triphasé vétuste.
Les étapes du remplacement
Ces étapes décrivent le chantier tel que le mène un électricien. Elles servent à comprendre le devis, à préparer le logement et à contrôler le travail rendu. Elles ne suffisent pas à quelqu’un qui n’a jamais câblé un tableau.
Étape 1 : couper et vérifier
Le disjoncteur de branchement est mis sur 0. L’absence de tension est vérifiée sur les conducteurs qui alimentent l’ancien tableau et sur chaque départ, avec un vérificateur d’absence de tension (un tournevis testeur ne convient pas). Un éclairage autonome est indispensable. Rappel : l’arrivée du disjoncteur de branchement reste sous tension pendant tout le chantier.
Étape 2 : déposer l’ancien tableau
Les circuits sont débranchés un par un et étiquetés. La liaison entre le disjoncteur de branchement et l’ancien tableau est retirée par les bornes de sortie du disjoncteur uniquement. C’est le geste le plus exposé du chantier, à quelques centimètres des bornes d’arrivée sous tension : il revient à l’électricien. Les extrémités de câbles noircies ou abîmées sont recoupées.
Étape 3 : poser le nouveau coffret
Le coffret est fixé de niveau, à proximité du disjoncteur de branchement, en respectant les hauteurs de manœuvre applicables. Les câbles entrent proprement par le haut ou par le bas, sans être écrasés.
Étape 4 : installer les protections
Les règles qui suivent sont celles de la NF C 15-100 pour le neuf et la rénovation complète. Sur un tableau remplacé dans une installation existante, l’électricien s’en rapproche autant que les circuits conservés le permettent.
- Interrupteurs différentiels 30 mA en tête de rangée : au moins deux par logement, dont au moins un de type A. La plaque de cuisson ou la cuisinière, le lave-linge et la recharge d’un véhicule électrique doivent être sous un différentiel de type A (ou F). Huit circuits au plus par différentiel. Voir combien de disjoncteurs sous un interrupteur différentiel.
- Répartition : les circuits d’éclairage et les circuits de prises sont répartis sous au moins deux différentiels, pour qu’un défaut ne plonge pas tout le logement dans le noir.
- Disjoncteurs divisionnaires : un par circuit, calibré selon la section (tableau ci-dessus). Les coupe-circuits à fusibles ne sont plus admis dans un tableau neuf.
- Parafoudre : obligatoire si le bâtiment porte un paratonnerre ; obligatoire aussi, sauf analyse du risque contraire, quand la ligne d’alimentation est aérienne en tout ou partie dans une zone très exposée à la foudre (zone dite AQ2, plus de 25 jours d’orage par an), ou quand, dans cette même zone, la sécurité d’une personne dépend de l’installation (matériel médical à domicile par exemple). Ailleurs, il est conseillé pour protéger les appareils sensibles. L’électricien tranche selon votre adresse.
Étape 5 : raccorder
Les différentiels sont alimentés depuis le disjoncteur de branchement, puis les disjoncteurs par peignes. La section de cette liaison dépend du calibre du disjoncteur de branchement quand le tableau lui est accolé : au moins 10 mm² en cuivre jusqu’à 45 A, 16 mm² pour 60 A, 25 mm² pour 90 A. Une liaison d’origine plus fine doit être remplacée. Chaque circuit est raccordé sur son disjoncteur, neutre et phase sur les bonnes bornes, puis toutes les terres sur le bornier de terre. Le serrage se fait au couple indiqué par le fabricant. L’ordre de câblage conseillé est expliqué dans câbler le tableau dans le bon ordre.
Étape 6 : remettre en service et tester
- Tous les disjoncteurs divisionnaires sur 0, le disjoncteur de branchement est remis sur I.
- Les différentiels puis les disjoncteurs sont enclenchés un par un, en vérifiant chaque circuit.
- Le bouton test de chaque interrupteur différentiel est actionné : il doit déclencher.
- Les étiquettes de repérage sont collées et le schéma est rangé dans le tableau.
Remplacer seulement les fusibles par des disjoncteurs : possible ?
Cela dépend du tableau :
- Tableau porcelaine sur plaque (fusibles à tabatière, à visser) : non. Il n’y a pas de rail pour des disjoncteurs modulaires. Il faut changer le tableau.
- Tableau modulaire avec porte-fusibles sur rail : oui. Chaque porte-fusible peut être remplacé par un disjoncteur modulaire, installation hors tension, à condition de choisir le calibre selon la section du fil et d’installer un ou plusieurs interrupteurs différentiels 30 mA en amont s’il n’y en a pas.
Dans les deux cas, remplacer uniquement les fusibles ne crée ni terre ni protection différentielle. Pour la question du budget, voir notre article sur le prix pour refaire un tableau électrique.
Après le chantier : contrôle, attestation, assurance
- Attestation de conformité (Consuel) : elle est obligatoire pour une installation neuve, et pour une installation entièrement rénovée lorsque le distributeur l’a mise hors tension à la demande du client pour permettre les travaux. Le simple remplacement d’un tableau n’entre pas dans ce cas. Vous pouvez tout de même en demander une : le texte prévoit une attestation à la demande pour une rénovation partielle. Dans certains départements, un arrêté préfectoral élargit l’obligation aux rénovations complètes : l’électricien vous le dira. Détails dans la visite du Consuel est-elle obligatoire ?
- Justificatifs : conservez la facture de l’électricien (ou du matériel), le schéma du tableau et les photos avant et après. Ils seront utiles pour un futur diagnostic électrique de vente ou de location.
- Assurance : si votre assureur vous avait signalé l’ancien tableau, transmettez-lui les justificatifs des travaux.
Questions fréquentes
Peut-on changer son tableau électrique soi-même ?
Aucun texte n’interdit à un propriétaire de modifier l’installation de son logement. Mais ce chantier se fait à côté de bornes qui restent sous tension, et il demande de savoir vérifier l’absence de tension, dimensionner les protections et contrôler la terre. Sans formation ni expérience du tableau, faites appel à un électricien et gardez pour vous le repérage des circuits.
Faut-il refaire toute l’installation en même temps ?
Pas forcément. Si les circuits sont en bon état, de section suffisante, et qu’une terre existe, on peut changer seulement le tableau. Si les fils sont anciens, en 1 mm² ou sans terre, une rénovation plus large est nécessaire : voir la rénovation électrique étape par étape.
Combien de temps dure le remplacement d’un tableau ?
Cela dépend du nombre de circuits et de l’état de l’existant. Le logement reste sans courant pendant toute l’intervention : demandez à l’électricien d’indiquer la durée de coupure sur son devis. Il faut compter plus si des circuits ou la prise de terre sont à refaire.
Faut-il un Consuel pour un changement de tableau ?
Non, sauf si le chantier fait partie d’une rénovation complète avec mise hors tension par le distributeur. Une attestation à votre demande reste possible.
Peut-on garder le disjoncteur de branchement ?
Oui. Il est fourni et posé par le gestionnaire de réseau : ni vous ni votre électricien ne le remplacez. Le nouveau tableau se raccorde sur ses bornes de sortie. S’il est abîmé ou très ancien, signalez-le à Enedis.
Quelle différence entre un fusible et un disjoncteur ?
Le fusible fond et doit être remplacé ; le disjoncteur se réarme. Surtout, un tableau à disjoncteurs actuel comporte des différentiels 30 mA qui coupent en cas de fuite de courant vers la terre, ce qu’un ancien tableau à fusibles ne fait pas.
Sources
- Legrand, NF C 15-100, révision du 23 août 2024 : points clés (différentiels, sections et calibres, réserve du tableau).
- Hager, guide réglementaire et normatif de l’installation électrique dans l’habitat (choix des différentiels, liaison vers le tableau, parafoudre, réserve).
- SéQuélec, fiche n° 7, attestation de conformité Consuel (cas où l’attestation est obligatoire).
- Enedis, les travaux de raccordement de votre maison ou local (compteur et disjoncteur de branchement fournis et posés par Enedis).
- INRS, prévention du risque électrique (travail hors tension, vérification d’absence de tension).
Résumez cet article :
📖 Le glossaire de cet article
Les termes techniques abordés dans cet article, expliqués simplement.
- Bornier de terre — Le bornier de terre est la barrette de raccordement sur laquelle se rejoignent tous les conducteurs de protection (PE) d'une installation électrique.
- Diagnostic Électrique — Le diagnostic électrique est l'état des lieux complet d'une installation électrique existante.
- Installation électrique — Une installation électrique regroupe l'ensemble des équipements, câbles, canalisations et appareils de protection permettant la distribution et l'util…
- Interrupteur — Un interrupteur est un organe de commande qui ouvre ou ferme manuellement un circuit électrique pour allumer ou éteindre un ou plusieurs points lumineux.
- Interrupteur différentiel — Un interrupteur différentiel détecte la différence entre le courant entrant (phase) et le courant sortant (neutre) : dès qu'un courant de fuite s'étab…
- Mise hors tension — La mise hors tension est l'opération qui consiste à supprimer l'alimentation électrique d'un ouvrage, d'une installation ou d'un équipement avant d'y intervenir.
- Risque électrique — Le risque électrique désigne la probabilité qu'un événement dangereux — contact avec une pièce sous tension, arc électrique, incendie ou explosion — s…
- Sous tension — Un conducteur, un équipement ou une installation est dit « sous tension » dès qu'une tension électrique est présente entre ses bornes accessibles et u…
- Tableau électrique — Le tableau électrique est le coffret centralisé qui regroupe l'ensemble des dispositifs de protection d'une installation : disjoncteurs divisionnaires…
- Véhicule Électrique — Un véhicule électrique (VE) utilise un moteur électrique alimenté par une batterie rechargeable comme source principale de traction, sans moteur therm…
Téléchargez notre guide gratuit pour gagner du temps et de l'argent sur vos travaux électriques !
« * » indique les champs nécessaires