Sélectivité électrique et filiation : cours BTS et exercices corrigés
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En bref
La sélectivité électrique garantit que, sur un défaut, seul le disjoncteur placé juste au-dessus s'ouvre : le reste de l'installation reste alimenté. Elle s'obtient en décalant les appareils en courant (ampèremétrique), en temps (chronométrique), en exploitant la limitation du disjoncteur aval (énergétique) ou en les faisant dialoguer par un fil pilote (logique). Elle est totale si sa limite Is dépasse le courant de court-circuit au point aval, partielle sinon. La filiation répond à un autre besoin : un disjoncteur amont limiteur aide l'aval à couper un court-circuit supérieur à son pouvoir de coupure. Les deux se vérifient dans les tables des constructeurs.
Un court-circuit sur une prise d'atelier ne devrait jamais plonger l'usine dans le noir. Si c'est le disjoncteur de tête du TGBT qui s'ouvre au lieu du 16 A du circuit en défaut, l'installation est protégée, mais mal conçue : production arrêtée et défaut à chercher dans tout le bâtiment. Coordonner les protections, c'est décider à l'avance quel appareil doit couper pour chaque défaut possible, et vérifier que les autres le laisseront faire.
Ce chapitre de BTS suppose connus le fonctionnement du disjoncteur, ses courbes et ses réglages, traités dans le cours sur le disjoncteur et le différentiel. On y ajoute ici la méthode, jusqu'à l'étude complète d'un TGBT.
Sélectivité électrique : totale, partielle et limite de sélectivité
Deux disjoncteurs sont en série : A en amont, B en aval. La sélectivité est assurée si, pour un défaut en aval de B, B s'ouvre et A reste fermé. La norme IEC 60947-2 définit pour ce couple un courant appelé limite de sélectivité Is : tant que le courant de défaut reste inférieur à Is, seul B déclenche ; au-delà, A et B déclenchent ensemble.
Tout se joue alors dans la comparaison entre Is et le courant de court-circuit maximal au point où B est installé, noté Icc(B). Si Is est supérieur ou égal à Icc(B), aucun défaut en aval de B ne peut faire déclencher A : la sélectivité est totale. Si Is est inférieur, il existe des défauts, les plus violents, qui ouvriront les deux appareils : la sélectivité est partielle.
La sélectivité partielle n'est pas forcément un défaut de conception. Le courant de court-circuit diminue le long d'un câble, et la plupart des défauts se produisent au niveau des récepteurs, en bout de ligne. Si Is dépasse le courant de court-circuit au point d'utilisation, on obtient ce que Legrand appelle une sélectivité d'exploitation, souvent suffisante et plus économique. Son guide donne un exemple parlant : un couple dont la limite est de 6 kA, installé dans un tableau où le court-circuit atteint 8 kA, n'est pas totalement sélectif, mais il l'est au point d'utilisation, où le court-circuit présumé n'est plus que de 3 kA.
La vérification se mène zone par zone sur les courbes temps-courant, des surcharges vers les courts-circuits les plus forts. À chaque zone sa technique.

La sélectivité ampèremétrique
C'est la plus simple : on décale les seuils de déclenchement en courant. Dans la zone des surcharges, le guide Legrand demande un rapport d'au moins 1,6 entre les courants de réglage thermiques (ou long retard) Ir de l'amont et de l'aval. Dans la zone des courts-circuits, c'est le seuil magnétique Im (ou Ii), ou le seuil court retard Isd d'un déclencheur électronique, qui doit être étagé. Legrand retient là encore 1,6, le guide Schneider de 1,5 à 2 selon les déclencheurs : on prend la valeur du constructeur des appareils posés.
Quand l'étagement est respecté, la limite de sélectivité est égale au seuil magnétique (ou court retard) de l'amont : Is = Im amont. On prend la borne basse de ce seuil, tolérance comprise.
Exemple : un disjoncteur amont de 160 A à déclencheur électronique, réglé à Isd = 8 × Ir = 1 280 A, protège un départ C 40 A dont le seuil magnétique se situe entre 5 et 10 In, soit 200 à 400 A. Le rapport 1 280 / 400 = 3,2 dépasse largement 1,6. La sélectivité ampèremétrique tient jusqu'à environ 1,3 kA, moins la tolérance de l'amont. Si le court-circuit au point du C 40 A atteint 4 kA, elle n'est que partielle, et il faudra chercher mieux dans les tables ou temporiser l'amont.
La sélectivité ampèremétrique convient donc aux circuits terminaux, où les courts-circuits sont faibles. Le même principe vaut pour les fusibles : entre deux fusibles gG, la sélectivité est obtenue lorsque le rapport de leurs calibres atteint 1,6.
La sélectivité chronométrique
Au-delà du seuil magnétique de l'amont, l'ampèremétrique ne suffit plus : les deux appareils voient un courant qui les ferait déclencher tous les deux. On retarde alors volontairement l'amont. Le déclencheur électronique offre pour cela un seuil court retard Isd associé à une temporisation tsd, réglable par crans, souvent de 0,1 s en 0,1 s. Pendant ce palier, l'amont attend, et l'aval a le temps d'éliminer le défaut.
Trois conditions sont indispensables, et ce sont elles que l'on vérifie à l'examen :
- l'amont doit être temporisable (déclencheur électronique avec réglage tsd) ;
- il doit supporter le court-circuit pendant tout le retard : c'est son courant de courte durée admissible Icw, donné pour une durée (1 s par exemple). Les disjoncteurs dits de catégorie B, conçus pour cet usage en tête de TGBT, ont un Icw élevé ;
- les câbles et jeux de barres parcourus par le défaut doivent supporter la contrainte thermique I²t pendant ce même temps.
La dernière condition se vérifie avec l'inégalité classique I² × t ≤ k² × S², avec I le courant de court-circuit en ampères, t la durée en secondes, S la section en mm² et k un coefficient qui dépend du métal et de l'isolant : 115 pour du cuivre isolé PVC, 143 pour du cuivre isolé PR. Pour un câble cuivre PR de 95 mm², k² × S² = 143² × 95² = 20 449 × 9 025 ≈ 1,85 × 10⁸ A²s. Un défaut de 22,7 kA éliminé en 0,15 s donne I²t = 22 700² × 0,15 ≈ 7,7 × 10⁷ A²s : le câble tient. Avec une section plus faible ou un retard plus long, le calcul peut échouer (exercice 4) : c'est souvent lui qui limite le nombre de crans.
Avec un disjoncteur amont de catégorie B dont l'Icw dépasse le courant de court-circuit aval, et dont le seuil instantané est désactivé ou placé plus haut, la sélectivité chronométrique devient totale. C'est la solution classique entre l'arrivée d'un TGBT et ses départs, avec des crans échelonnés : 0,2 s en tête, 0,1 s sur les départs, instantané en terminal.
La sélectivité énergétique
Reste la zone des courts-circuits très forts, au-delà du seuil instantané de l'amont. Ici intervient la limitation. Un disjoncteur limiteur coupe si vite, en quelques millisecondes, que le courant n'atteint jamais sa valeur présumée : il est limité en amplitude et en durée. L'amont ne « voit » qu'un courant bref et écrêté, dont l'énergie est trop faible pour le faire déclencher. C'est la sélectivité énergétique.
Elle ne se calcule pas avec deux seuils : elle dépend de la technologie de coupure des deux appareils et se prouve par des essais publiés dans les tables de sélectivité des constructeurs. Les variantes commerciales (sélectivité renforcée par filiation chez Schneider, dynamique chez Legrand) restent propres à une gamme.
La sélectivité logique
Quand l'installation compte beaucoup d'étages, les crans de temporisation s'additionnent : trois niveaux temporisés, c'est déjà 0,3 s en tête, et une contrainte thermique qui grimpe sur les jeux de barres. La sélectivité logique, dite aussi ZSI (Zone Selective Interlocking), résout ce problème par un fil pilote qui relie les déclencheurs électroniques.
Le principe : chaque disjoncteur qui détecte le défaut envoie un signal à celui du dessus. Un disjoncteur qui reçoit ce signal sait que le défaut est plus bas, et applique sa temporisation normale. Celui qui détecte le défaut sans rien recevoir de l'aval sait que le défaut est juste sous lui : il déclenche avec une temporisation réduite. Le défaut est ainsi éliminé vite à tous les étages, jeux de barres compris. La logique n'agit pas sur la protection des surcharges.
| Technique | Principe | Zone de courant | Où on l'emploie |
|---|---|---|---|
| Ampèremétrique | Seuils Ir et Im (Isd) étagés, rapport d'au moins 1,6 | Surcharges, courts-circuits faibles | Distribution terminale |
| Chronométrique | Amont temporisé (tsd), Icw suffisant | Courts-circuits moyens | Arrivée et départs de TGBT |
| Énergétique | Aval limiteur, amont qui ne voit qu'une énergie réduite | Courts-circuits forts | Boîtiers moulés et modulaires, selon tables |
| Logique | Fil pilote entre déclencheurs électroniques | Courts-circuits moyens et forts | Installations à nombreux étages, forte puissance |
Lire une table de sélectivité constructeur
Dans la pratique, on ouvre la table du constructeur, ou son logiciel. Elle croise les disjoncteurs amont (en lignes ou en colonnes) et les disjoncteurs aval. Chaque case donne l'une de ces trois réponses :
- la lettre T : sélectivité totale, jusqu'au pouvoir de coupure de l'appareil aval ;
- une valeur en kA : c'est la limite Is, à comparer au courant de court-circuit présumé au point de l'appareil aval ;
- une case vide : pas de sélectivité garantie.
Voici une table d'exemple, aux valeurs pédagogiques qui ne correspondent à aucun catalogue.
| Amont / aval (Icu 10 kA) | C 16 A | C 32 A | C 63 A |
|---|---|---|---|
| Boîtier moulé 100 A | T | 5 kA | 0,8 kA |
| Boîtier moulé 160 A | T | 8 kA | 3 kA |
| Boîtier moulé 250 A | T | T | 6 kA |
Attention : les tables supposent en général les réglages de l'amont au maximum ; si vous baissez Ir ou Isd, revérifiez les zones ampèremétrique et chronométrique. Une table ne vaut que pour les références et la tension qu'elle cite, et une table de sélectivité n'est pas une table de filiation.
La filiation des disjoncteurs
Le pouvoir de coupure Icu d'un disjoncteur doit être au moins égal au courant de court-circuit maximal à son point d'installation. La NF C 15-100 admet pourtant qu'un disjoncteur ait un pouvoir de coupure inférieur à ce courant, à deux conditions : qu'un appareil placé en amont possède le pouvoir de coupure nécessaire à son propre point d'installation, et que l'énergie laissée passer par les deux appareils en série soit supportée par l'appareil aval et par les canalisations qu'il protège. C'est la filiation, appelée aussi protection d'accompagnement ou « cascading ».

Sur un court-circuit violent en aval de D2, les deux appareils s'ouvrent presque en même temps. L'arc qui s'établit entre les contacts de D1 ajoute sa tension à celle de l'arc de D2 et limite encore le courant : D1 aide D2 à couper. La valeur obtenue, le pouvoir de coupure renforcé, ne se calcule pas : elle est mesurée en laboratoire selon l'IEC 60947-2 et publiée dans les tables de filiation du constructeur.
La filiation fonctionne entre appareils installés dans des tableaux différents, par exemple un départ du TGBT et les disjoncteurs d'un tableau divisionnaire. Elle peut s'étendre sur trois niveaux, soit en coordonnant chaque étage avec l'appareil de tête, soit en cascade, étage par étage ; dans les deux cas, l'appareil de tête doit avoir seul le pouvoir de coupure nécessaire à son point. Les valeurs des tables sont données pour les schémas TN et TT. En schéma IT, chaque appareil doit pouvoir couper seul, sous un seul pôle, le courant de double défaut, comme le détaille le cours sur les régimes de neutre. Enfin, pour des circuits 1P+N alimentés sous 230 V par un réseau triphasé 400 V, on lit la table sous 230 V.
L'intérêt économique de la filiation
Dans un tableau divisionnaire placé près d'un gros transformateur, le court-circuit peut dépasser 15 kA. Sans filiation, chaque disjoncteur modulaire devrait couper ce courant, ce qui impose des gammes plus chères. Avec un disjoncteur limiteur en amont, les départs restent des appareils standard de 6 ou 10 kA : sur vingt ou trente départs, l'économie est réelle (exercice 6).
Filiation et sélectivité : un compromis
La filiation repose sur le fait que l'amont s'ouvre aussi pour aider l'aval. Sur les courts-circuits forts, elle sacrifie donc en principe la sélectivité : le défaut coupe tout le tableau divisionnaire. Acceptable pour des locaux sans enjeu de continuité, ce ne l'est pas pour une salle informatique : on choisit alors des associations garanties à la fois en filiation et en sélectivité.
Et la sélectivité différentielle ?
Elle suit la même idée, appliquée aux défauts d'isolement, et elle est traitée dans le cours sur le disjoncteur et le différentiel. Rappelons seulement les deux conditions : le différentiel amont doit avoir une sensibilité plus élevée que l'aval (Legrand recommande un rapport de 2 à 3), et un temps de fonctionnement plus long, ce qui impose un appareil de type S ou retardé. C'est pourquoi le disjoncteur de branchement d'un logement en TT est de type S, comme l'explique notre article sur le disjoncteur de branchement sélectif.
Exemple d'étude : le TGBT d'un atelier
Mettons la méthode en œuvre sur une installation type : un poste de transformation privé qui alimente un TGBT, lui-même en tête de trois départs, dont un vers le tableau divisionnaire d'un atelier.

1. Courants de court-circuit. Le transformateur fait 630 kVA sous 400 V avec une tension de court-circuit ucc de 4 %. Son courant nominal vaut In = S / (√3 × U) = 630 000 / (1,732 × 400) ≈ 909 A. En négligeant l'impédance du réseau HTA, ce qui donne une valeur majorée, le court-circuit à ses bornes vaut Icc ≈ In / ucc = 909 / 0,04 ≈ 22,7 kA. On retient environ 23 kA au TGBT. Au tableau de l'atelier, la note de calcul donne 13 kA : le courant diminue avec l'impédance de la ligne (voir le cours sur les sections de câble et notre article sur le court-circuit électrique).
2. Pouvoirs de coupure. L'arrivée Q0 de 1 000 A, réglée à Ir = 910 A, a un Icu de 36 kA, supérieur à 22,7 kA : elle coupe seule. Les départs Q1, Q2 et Q3 sont choisis avec un Icu d'au moins 25 kA. Au tableau de l'atelier, les disjoncteurs modulaires de 16 à 32 A n'ont que 10 kA de pouvoir de coupure, pour 13 kA présumés : ils ne sont admis qu'en filiation avec Q1. Supposons que la table donne 25 kA pour l'association : 25 ≥ 13, c'est bon, et Q1 possède bien lui-même le pouvoir de coupure nécessaire au TGBT.
3. Sélectivité Q0 / départs. Rapport des Ir : 910 / 250 = 3,6, correct. Mais le court-circuit au TGBT (22,7 kA) dépasse de loin le seuil court retard de Q0 : l'ampèremétrique seule ne suffit pas. On temporise Q0 à tsd = 0,2 s et Q1 à 0,1 s. Q0 est un disjoncteur de catégorie B dont l'Icw dépasse 22,7 kA, avec l'instantané désactivé : la sélectivité est totale entre Q0 et ses départs. On contrôle la tenue du câble Q1 vers l'atelier (cuivre PR 95 mm²) : le calcul fait plus haut montre qu'il supporte 22,7 kA pendant 0,15 s.
4. Sélectivité Q1 / circuits de l'atelier. Pour un C 32 A, le seuil magnétique maximal vaut 10 × 32 = 320 A ; Q1 est réglé à Isd = 10 × Ir = 2 500 A, soit un rapport de 7,8 : sélectivité ampèremétrique assurée jusqu'à 2,5 kA, et la temporisation de Q1 la prolonge. Supposons que la table donne une limite de 8 kA : elle est inférieure aux 13 kA du tableau, la sélectivité est partielle. Mais en bout de circuit, là où se produisent la plupart des défauts, le court-circuit tombe à 2 ou 3 kA : la sélectivité d'exploitation est acquise. Pour une sélectivité totale, il faudrait une association notée « T ».
5. Défauts d'isolement. En TN, le défaut d'isolement est un court-circuit phase-PE, coupé par les disjoncteurs : on vérifie que les temporisations retenues restent compatibles avec les temps de coupure exigés pour la protection des personnes. Les prises de l'atelier ont leur différentiel 30 mA ; si l'on ajoute un différentiel en tête du tableau, il doit être de type S et d'une sensibilité nettement supérieure.
Les points qui tombent à l'examen
Cinq attendus reviennent dans les sujets. Définir Is, la sélectivité totale (Is ≥ Icc au point aval) et partielle, et ne pas confondre sélectivité (continuité de service) et filiation (pouvoir de coupure). Calculer le court-circuit d'un transformateur, Icc ≈ In / ucc, en précisant l'hypothèse du réseau amont d'impédance nulle. Justifier la technique retenue à chaque étage, avec les trois conditions de la chronométrique. Lire une table et conclure par une comparaison chiffrée. Vérifier une filiation complète, amont compris, et en tirer la conséquence sur la sélectivité.
Les erreurs qui reviennent
La première erreur consiste à conclure à la sélectivité parce que les calibres sont différents. Un 63 A et un 40 A sont différents, mais leur rapport de 1,6 ne suffit pas dans la zone des courts-circuits si le seuil magnétique de l'amont est déjà dépassé par le défaut. On compare les seuils et l'Icc, pas les calibres.
Deuxième erreur : comparer la limite de sélectivité au pouvoir de coupure au lieu du courant de court-circuit au point aval. Un couple dont Is vaut 8 kA est totalement sélectif dans un tableau où le court-circuit est de 6 kA, même si l'appareil aval a un Icu de 10 kA.
Troisième erreur : temporiser sans vérifier la tenue. Ajouter un cran de 0,1 s sur l'arrivée paraît anodin ; si l'Icw de l'appareil ou la section des câbles ne suit pas, on a créé un risque d'échauffement ou de destruction sur le défaut que l'on voulait mieux gérer.
Dernière erreur : appliquer une filiation entre références qui ne figurent pas dans la table, ou en schéma IT. Le pouvoir de coupure renforcé est un résultat d'essai, pas une propriété qui se déduit.
Exercices corrigés
Tous les exercices sont de niveau BTS. Cherchez avant d'ouvrir le corrigé, et concluez toujours par une comparaison chiffrée.
Exercice 1. La table donne une limite de sélectivité de 6 kA entre un disjoncteur amont de 125 A et un départ C 40 A. Le courant de court-circuit vaut 8 kA au tableau où est installé le C 40 A, et 3 kA à l'extrémité du circuit. La sélectivité est-elle totale ? Est-elle acceptable ?
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On compare Is à l'Icc au point d'installation de l'appareil aval : 6 kA < 8 kA. La sélectivité n'est donc pas totale : un court-circuit franc juste en aval du C 40 A, dans le tableau, peut faire déclencher les deux appareils. En bout de circuit en revanche, 3 kA < 6 kA : pour les défauts au niveau des récepteurs, les plus fréquents, seul le C 40 A déclenche. Conclusion : sélectivité partielle, mais sélectivité d'exploitation assurée, acceptable si le départ ne demande pas une continuité de service stricte.
Exercice 2. Un disjoncteur amont de 160 A à déclencheur électronique est réglé à Ir = 160 A et Isd = 8 × Ir, avec une tolérance de ± 10 % sur Isd. Il alimente un départ C 40 A, dont le seuil magnétique est compris entre 5 et 10 In. a) La sélectivité ampèremétrique est-elle assurée ? b) Quelle est la limite de sélectivité ? c) Le court-circuit au point du C 40 A vaut 4 kA : conclure.
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a) Surcharges : 160 / 40 = 4 ≥ 1,6. Courts-circuits : Isd amont = 8 × 160 = 1 280 A, soit au minimum 1 280 × 0,9 = 1 152 A avec la tolérance ; seuil magnétique maximal de l'aval = 10 × 40 = 400 A. 1 152 / 400 ≈ 2,9 ≥ 1,6 (et même ≥ 2) : l'étagement est respecté. b) Is = seuil minimal de l'amont ≈ 1,15 kA. c) 4 kA > 1,15 kA : par l'ampèremétrique seule, la sélectivité n'est que partielle. Conclusion : il faut consulter la table du constructeur, qui peut donner une limite plus haute grâce à la sélectivité énergétique, ou temporiser l'amont (sélectivité chronométrique) en vérifiant Icw et câbles.
Exercice 3. Un transformateur de 1 000 kVA, 400 V, a une tension de court-circuit de 6 %. Calculez son courant nominal, le courant de court-circuit à ses bornes (réseau amont d'impédance nulle) et dites si un disjoncteur d'arrivée de 1 600 A avec un Icu de 25 kA convient.
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In = S / (√3 × U) = 1 000 000 / (1,732 × 400) = 1 000 000 / 692,8 ≈ 1 443 A. Icc ≈ In / ucc = 1 443 / 0,06 ≈ 24 050 A, soit environ 24 kA. Le calibre de 1 600 A convient (réglage Ir vers 1 450 A), et 25 kA ≥ 24 kA. Mais la marge est très faible, et l'arrivée, en tête, ne peut bénéficier d'aucune filiation. Conclusion : techniquement juste, on retient en pratique un pouvoir de coupure nettement supérieur, avec un Icw adapté si l'on veut une sélectivité chronométrique.
Exercice 4. Pour obtenir la sélectivité chronométrique, on temporise un départ de TGBT : un défaut de 20 kA sur son câble sera éliminé en 0,3 s. Le câble est en cuivre isolé PR (k = 143), de section 70 mm². Tient-il ? Que proposez-vous sinon ?
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Contrainte du défaut : I² × t = 20 000² × 0,3 = 4 × 10⁸ × 0,3 = 1,2 × 10⁸ A²s. Contrainte admissible : k² × S² = 143² × 70² = 20 449 × 4 900 ≈ 1,0 × 10⁸ A²s. 1,2 × 10⁸ > 1,0 × 10⁸ : le câble ne tient pas. Solutions : réduire la temporisation d'un cran si l'étagement le permet (à 0,2 s, I²t = 8 × 10⁷ A²s, qui passe), augmenter la section (95 mm² donne 1,85 × 10⁸ A²s), ou passer en sélectivité logique pour éliminer vite les défauts situés juste sous l'appareil. Conclusion : sans modification, la temporisation choisie est incompatible avec le câble.
Exercice 5. Avec la table d'exemple du cours, choisissez le plus petit disjoncteur amont qui assure une sélectivité totale avec un départ C 32 A installé dans un tableau où le court-circuit présumé est de 7 kA. Même question pour un C 63 A dans un tableau à 5 kA.
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C 32 A, Icc = 7 kA : avec le 100 A, Is = 5 kA < 7 kA, partielle ; avec le 160 A, Is = 8 kA ≥ 7 kA, totale. Le plus petit amont convenable est le 160 A. C 63 A, Icc = 5 kA : 100 A donne 0,8 kA, 160 A donne 3 kA, tous deux insuffisants ; 250 A donne 6 kA ≥ 5 kA, totale. Conclusion : boîtier moulé 160 A pour le C 32 A, 250 A pour le C 63 A, sous réserve que ces calibres soient compatibles avec l'intensité d'emploi et la section des départs qui les alimentent.
Exercice 6. Un tableau divisionnaire compte 20 départs 1P+N. Le court-circuit présumé y est de 14 kA. Il est alimenté par un départ du TGBT dont le disjoncteur a un Icu de 36 kA, pour un court-circuit de 25 kA au TGBT. La table du constructeur donne, pour cette association, un pouvoir de coupure renforcé de 20 kA avec des disjoncteurs modulaires de 6 kA. Prix fictifs : 18 € le modulaire de 6 kA, 55 € le modèle de 15 kA. La filiation est-elle applicable, et quelle économie apporte-t-elle ?
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Condition sur l'amont : 36 kA ≥ 25 kA à son propre point, il coupe seul. Condition sur l'aval : pouvoir de coupure renforcé 20 kA ≥ 14 kA. La filiation est applicable, à condition que l'installation soit en TN ou TT, que les références soient exactement celles de la table, et que celle-ci soit lue sous 230 V pour des circuits 1P+N. Sans filiation, il faudrait des appareils de 15 kA (15 ≥ 14). Économie : 20 × (55 − 18) = 20 × 37 = 740 €. Conclusion : la filiation est justifiée, en acceptant que les courts-circuits forts dans le tableau puissent aussi ouvrir le disjoncteur amont, donc tout le tableau.
Exercice 7. Une installation comprend quatre étages de disjoncteurs : arrivée du TGBT, départ du TGBT, arrivée d'un tableau intermédiaire, départs terminaux instantanés. Les déclencheurs se temporisent par crans de 0,1 s. Quelle temporisation faut-il en tête pour une sélectivité chronométrique pure ? Quel inconvénient cela présente-t-il, et quelle technique l'évite ?
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Les départs terminaux sont instantanés ; il faut un cran de plus à chaque étage : 0,1 s pour l'arrivée du tableau intermédiaire, 0,2 s pour le départ du TGBT, 0,3 s pour l'arrivée. Inconvénient : un défaut sur le jeu de barres du TGBT n'est éliminé qu'après 0,3 s sous le court-circuit maximal, ce qui exige un Icw élevé et des jeux de barres et câbles dimensionnés pour cette contrainte thermique. La sélectivité logique évite ce cumul : l'appareil situé juste au-dessus du défaut, ne recevant aucun signal de l'aval, déclenche avec une temporisation réduite, quel que soit son étage.
Sources
- Legrand, Guide technique : la coordination entre les dispositifs de protection : sélectivité totale et partielle, règles ampèremétriques, chronométrique, énergétique, logique, filiation et sélectivité des différentiels.
- Schneider Electric, sur Éduscol STI, Coordination des protections BT (guide expert n° 5) : limite de sélectivité selon l'IEC 60947-2, Icw, sélectivité logique ZSI, filiation.
- Schneider Electric, sur Éduscol STI, Cahier technique n° 167 : la sélectivité énergétique en BT.
- Normes NF C 15-100 (coordination des dispositifs de protection) et IEC 60947-2 (disjoncteurs, annexe sur la coordination).
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📖 Le glossaire de cet article
Les termes techniques abordés dans cet article, expliqués simplement.
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- Disjoncteur — Un disjoncteur est un appareil de protection qui interrompt automatiquement le circuit en cas de surcharge (détection thermique par bilame) ou de cour…
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